
Titre : Bable
Autrice : R. F. Kuang
Traduction : Michel Pagel
Éditions : Desaxus
Publication : 9 novembre 2023
Genre : Roman Urban Fantasy Historique
Thèmes : Traduction, Colonialisme, Oxford, Magie, Dark Academia, Famille, Racisme, Amitié, Résistance, Chine
Pages : 768
Prix : 22€90
Résumé :
Un acte de traduction est toujours un acte de trahison.
1828. Un jeune orphelin chinois est recueilli à Canton par un professeur et conduit à Londres. Rebaptisé Robin Swift, le jeune garçon consacre ses journées à l’étude des langues dans l’optique d’intégrer le prestigieux Institut royal de traduction de l’Université d’Oxford, plus connu sous le nom de Babel. Berceau de l’argentogravure, les étudiants y exploitent le sens perdu des mots à l’aide de barres d’argent enchantées.
Dès ses premiers jours à Oxford, Robin prend conscience que ces travaux confèrent à l’Empire britannique une puissance inégalée et servent sa soif de colonisation, au détriment des classes défavorisées de la société et de ses territoires. Servir Babel revient donc à trahir sa patrie d’origine.
Peut-il espérer changer Babel de l’intérieur ? Ou devra-t-il sacrifier ses rêves pour faire tomber cette institution ?
Mon avis :
Avec une esthétique qui lui est propre, « Babel » s’illustre comme un roman à l’atmosphère marqué. Mais au-delà de son ambiance Dark Academia si souvent saluée, c’est véritablement le propos transcrit par R. F. Kuang qui érige ce roman au statu de chef-d’oeuvre. Anticolonialisme, discrimination, racisme, lutte des classes ou encore féminisme, « Babel » traite de sujets essentiels et délicats, avec une grande justesse. Infini coup de coeur pour cette lecture nécessaire qui marque son lectorat par son propos politique.
Questions linguistiques et culturelles construisent l’essence même de « Babel ». Les subtilités de langages, de traductions et de références linguistiques suscitent l’admiration et constituent le cœur du système de « magie » mis en place dans cet univers. Si par ce biais fantastique, certains semblent oublier les échos historiques directs auxquels réfère ce roman, il est essentiel de souligner que « Babel » est une puissante critique du colonialisme.
La plume exigente de R. F. Kuang transcrit une multitude de subtilités. Les détails ne manquent pas et participent à l’immersion au sein du texte. C’est en s’appuyant sur une facette imaginaire, aussi envoûtante qu’effroyable par les processus d’oppression qu’elle manifeste, que le propos porté par l’autrice se déploie afin de mettre en lumière des vérités historiques et culturelles.
Dévastatrice, l’intrigue ébranle tant par la beauté poétique de certains passages que l’horreur foudroyante qui réside dans la noirceur de certains autres. Si la dualité ne semble pas évidente à déceler entre les pages sombres du roman, c’est auprès des personnages, de leurs instants harmonieux que la lumière et l’espoir éclosent. La justesse des protagonistes réside tant dans la subtilité de leurs convictions que dans la construction sociale de leur vision du monde. Un point étrangement bouleversant, qui sait réveiller les consciences avec intellect.
Longueurs ainsi que surenchères d’actions et de révélations cohabitent dans « Babel », dont la narration semble scindée en deux. Loin de déstabiliser l’équilibre du texte, cette construction offre un rythme unique où l’intégration et la compréhension des sujets par le lecteur permettent ensuite à la violence d’éclore, de prendre forme et surtout de prendre sens. Le titre original du livre : « Babel: Or the Necessity of Violence » s’illustre dès lors avec une puissance irrépressible. Une lecture des plus marquantes ! Un roman à lire, vraiment !
