
Titre : Patronyme
Autrice : Vanessa Springora
Éditions : Audiolib
Publication : 12 mars 2025
Genre : Récit autobiographique, Témoignage
Thèmes : Famille, Identité, Mort, Deuil, Enquête, Archive, Guerre, Nazisme
Pages : 400
Résumé :
Attendue sur le plateau de La Grande Librairie pour parler de son livre, Le Consentement, l’autrice est appelée par la police pour venir reconnaître le corps sans vie de son père, qu’elle n’a pas revu depuis dix ans. Dans l’appartement de banlieue parisienne où il vivait, et qui fut jadis celui de ses grands-parents, elle est confrontée à la matérialisation de la folie de cet homme toxique, mythomane et misanthrope, devenu pour elle un étranger. Tandis qu’elle s’interroge, tout en vidant les lieux, sur sa personnalité énigmatique, elle tombe avec effroi sur deux photos de jeunesse de son grand-père paternel, portant les insignes nazis. La version familiale d’un citoyen tchèque enrôlé de force dans l’armée allemande après l’invasion de son pays par le Reich, puis déserteur caché en France par celle qui allait devenir sa femme, et travaillant pour les Américains à la Libération avant de devenir « réfugié privilégié » en tant que dissident du régime communiste, serait-elle mensongère ?
C’est le début d’une traque obsessionnelle pour comprendre qui était ce grand-père dont elle porte le nom d’emprunt, quelle était sa véritable identité, et de quelle manière il a pu, ou non, « consentir », voire collaborer activement, à la barbarie. Au fil de recherches qui s’étendront sur deux années, s’appuyant sur les documents familiaux et les archives tchèques, allemandes et françaises, elle part en quête de témoins, qu’elle retrouvera en Moravie, pour recomposer le puzzle d’un itinéraire plausible, auquel il manquera toujours des pièces. Comment en serait-il autrement dans une Tchécoslovaquie qui a changé cinq fois de frontières, de nationalité, de régime, prise en tenaille entre les deux totalitarismes du XXème siècle ? À travers le parcours accidenté d’un jeune homme pris dans la tourmente de l’Histoire, c’est toute la tragédie du XXème siècle qui ressurgit, au moment où la guerre qui fait rage sur notre continent ravive à la fois la mémoire du passé et la crainte d’un avenir de sauvagerie.
Dans ce texte kaléidoscopique, alternant fiction et analyse, récit de voyage, légendes familiales, versions alternatives et compagnonnage avec Kafka, Gombrowicz, Zweig et Kundera, Vanessa Springora questionne le roman de ses origines, les péripéties de son nom de famille et la mythologie des figures masculines de son enfance, dans une tentative d’élucidation de leurs destins contrariés. Éclairant l’existence de son père, et la sienne, à l’aune de ses découvertes, elle livre une réflexion sur le caractère implacable de la généalogie et la puissance dévastatrice du non-dit.
Mon avis :
« Patronyme » est un récit passionnant au sein duquel Vanessa Springora parvient à se faire percuter l’Histoire aux non-dits, mensonges et secrets de sa famille. Cette enquête familiale empreinte de sincérité se construit avec minutie et précision. Aussi fructifiant que rempli d’impasses, ce texte est une quête où les fantômes du passé hantent une réalité contemporaine, bercée par ses récits. Texte kaléidoscopique qui n’est pas exempt des tâtonnements et incertitudes de son autrice, « Patronyme » alterne entre fiction et analyse pour offrir un récit à la frontière des genres.
Alors qu’elle est attendue sur le plateau de La Grande Librairie, Vanessa Springora est contactée par la police pour venir reconnaitre le corps de son père qu’elle n’a pas vu depuis une dizaine d’année. Dans l’appartement où il vivait, l’autrice est confrontée à l’existence de son paternel ; un homme toxique et mythomane. En vidant les lieux, elle tombe sur deux photos de jeunesse de son grand-père, portant les insignes nazis… La version de l’histoire familiale dont on lui a fait le récit est-elle mensongère ? S’appuyant sur des documents familiaux, des archives et des témoignages, l’autrice se questionne alors pendant deux années sur ses origines et sur la mythologie des figures masculines de son enfance.
Avec brio, Vanessa Springora entraine son lectorat au coeur d’une recherche généalogique à la complexité inattendue. Avec une plume maitrisée et empreinte d’une forme élégante, l’autrice ravive la mémoire collective en faisant ressurgir à travers son histoire familiale, toute la tragédie du siècle dernier…
« Patronyme » est un troublant récit familial au sein duquel Vanessa Springora propose une réflexion sur la puissance dévastatrice des non-dits et le caractère implacable de la généalogie. C’est une lecture aussi fascinante que difficile à saisir tant les brides de celles-ci s’entremêlent. Magnifiquement interprété par Constance Dollé dans sa version audio, le roman n’en reste pas moins compliqué par les multiples espaces de narration qui s’y établissent. Une découverte poignante et stupéfiante qui parvient à captiver malgré sa complexité et son caractère confidentiel.
