Beauté du monde et folie destructrice de l’Homme dans « A la table des hommes » de Sylvie Germain

A la table des hommes, Sylvie Germain | Livre de Poche

Titre : A la table des hommes

Autrice : Sylvie Germain

Éditions : Le livre de poche

Publication : 31 décembre 2015

Genre : Roman contemporain, conte philosophique

Thèmes : Guerre, Métamorphose, Violence, Humanité, Enfant sauvage

Pages : 272

Prix : 7,70


Résumé :

Son obscure naissance au cœur d’une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S’il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l’espèce animale, dont une corneille qui l’accompagne depuis l’origine.
Hanté par la violence prédatrice des hommes, illuminé par la présence bienveillante d’un être qui échappe à toute assignation, et de ce fait à toute soumission, À la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain.


Mon avis :

C’est une éclosion de vie, une double naissance que présente dans son roman à la frontière de l’essai et du conte, Sylvie Germain. Ode à la nature et au pouvoir des mots, « A la table des hommes » bouleverse tant par sa langue que par son histoire. A travers le mythe de l’enfant sauvage abordé de façon contemporaine, l’auteur se questionne sur la quête d’identité, la place et le rôle de l’Homme au sein du monde. Insufflant la vie là où on ne la sait pas, Sylvie Germain fait palpiter la création dans un écrit réaliste aux allures fantastiques et invite à explorer les mondes naturel, animal et humain, étroitement liés.

L’histoire commence en compagnie d’une truie et de ses petits, dans un décor de ferme, merveilleux, hors du temps. Riche d’une description poétique forte, l’incipit plonge le lecteur dans un univers onirique, et ce, même pendant les détonations meurtrières, confrontant, dès les premières pages, la beauté du monde animal aux folies destructrices de l’Homme. 

A la croisé de deux chemins, celui de ce porcelet à la peau rosée et soyeuse, égaré et affamé, et d’un adolescent martyrisé par la guerre, nait un être hybride, façonné par un duel symbolique. La lutte des deux vivants contre la mort enfante un jeune homme dont l’esprit est encore animal : un enfant sauvage. Ce passage narré, prodigieux et riche remet en question l’homme, représenté comme la mort et l’horreur face à la vie, incarnée par le porcelet.

Nommé Babel puis renommé Abel, le jeune homme hybride est guidé par différents personnages, faisant de lui un être multiple. C’est aux côtés de ses nouveaux semblables et jusqu’à l’âge adulte que le lecteur suit l’évolution du héros qui acquiert une sensibilité atypique à travers l’apprentissage. La métamorphose, fil rouge de ce roman, fait évoluer autant physiquement que mentalement le héros. Ce qui suscite en lui de nombreuses réflexions, et c’est alors sa vision du monde, ses découvertes et la société qu’il rencontre qui y sont décrites à travers sa nouvelle passion : les mots.

Comme dans « Magnus », l’autrice retrace sa hantise pour la violence humaine avec un style époustouflant dans lequel évolue un être qui échappe à toute assignation par son originalité, son passé et surtout par la quête d’identité qu’il mène. Poétique et intrigant, le roman mène ce personnage inattendu à se heurter à la brutalité des hommes, à leur violence prédatrice. Animal puis homme, ignorant ses origines, le héros offre donc un regard innocent sur les violences rencontrées. Ne se référant à aucun espace géographique et temporel, Sylvie Germain replace de son trait fort la furie des hommes telle qu’elle est aujourd’hui. 

Afin de goûter la richesse et la musicalité de la langue de Sylvie Germain, il faut lire le roman sans bruit ni mouvement autour. Cela, dans le but de découvrir avec éclat la beauté de la nature : du porcelet et de ses semblables, la sensualité des femmes, la richesse des personnages, complexes et fabuleux, qu’incarnent remarquablement bien Sylvie Germain à travers ces pages. Aucune excuse face à ce chef-d’œuvre ; dont l’imagination insoupçonnée, par tant de talent invite le spectateur, devenu acteur de sa lecture, à se poser mille et une questions sur l’animal, l’humanité, son organisation, la nature, la culture et sur Dieu; il faut le lire pour le comprendre.

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