Barbara Kingsolver capture l’Amérique profonde avec « On m’appelle Demon Copperhead »

Titre : On m’appelle Demon Copperhead

Autrice : Barbara Kingsolver

Éditions : Audiolib

Publication : 17 avril 2024

Genre : Roman Contemporain

Thèmes : Enfance, Famille, Drogue, Pauvreté, Adolescence, Social

Pages : 624


Résumé :

Né à même le sol d’un mobil-home au fin fond des Appalaches d’une jeune toxicomane et d’un père trop tôt disparu, Demon Copperhead est le digne héritier d’un célèbre personnage de Charles Dickens. De services sociaux défaillants en familles d’accueil véreuses, de tribunaux pour mineurs au cercle infernal de l’addiction, le garçon va être confronté aux pires épreuves et au mépris de la société à l’égard des plus démunis. Pourtant, à chacune des étapes de sa tragique épopée, c’est son instinct de survie qui triomphe. Demon saura-t-il devenir le héros de sa propre existence ?


Mon avis :

Barbara Kingsolver livre ici un récit sombre, empreint d’un réalisme bouleversant ; celui d’une Amérique profonde, scindée et ravagée par les inégalités, l’ignorance et les opioïdes. Avec un ton espiègle et cynique mais surtout une verve inattendue, « On m’appelle Demon Copperhead » offre un récit aussi naïf que lucide sur le destin accablant de son héros : Demon Copperhead. Par le prisme de l’enfance, de l’adolescence puis celui de l’entrée dans l’âge adulte, l’autrice convoque des thématiques contemporaines, construisant un roman percutant par son réalisme, qui n’est pas sans rappeler “Du côté sauvage” de Tiffany McDaniel : une lecture marquante mais indéniablement difficile. 

C’est dans un contexte empreint d’une misère sociale saisissante que s’ouvre le récit : « Déjà, je me suis mis au monde tout seul », scande le narrateur dès la première ligne du roman. Fort par son personnage principal, le récit partage une narration sombre et habité d’une mélancolie noire, propre à l’enfance maculée d’horreurs de son héros.

Car si la naissance de Demon Copperhead semble tenir de l’anecdote sinistre au premier abord, elle augure surtout une réalité inquiétante. Pages après pages, se dessinent dès lors un déferlement de malheurs. L’enfant impuissant par son âge, est projeté dans un quotidien fait de violences, incarnées au fil des années par son beau-père, les services sociaux et institutions défaillantes, les familles d’accueil malsaines, les deuils, puis l’addiction aux opioïdes… Si la décente aux enfers du héros étouffe, la plume de son autrice parvient à maintenir le lecteur captif. Portée par un élan surprenant, la narration invite le lecteur au coeur d’une conversation ininterrompue avec un Demon Copperhead grandissant.

La franchise de ce récit, sa fulgurance et sa verve incarnées par les confidences du héros font de ce texte un grand roman. Lu par Benjamin Jungers dans sa version audio, le roman en devient d’autant plus captivant. De l’ordre de la confession, les mots de Barbara Kingsolver s’incarnent et donnent vie à Demon Copperhead.

« On m’appelle Demon Copperhead » excelle par sa plume saisissante et son décryptage déchirant de cette Amérique rurale laissée pour compte… Une lecture aussi bouleversante que fascinante.

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