
Titre : La maison vide
Auteur : Laurent Mauvignier
Éditions : Minuit
Publication : 28 août 2025
Genre : Roman, Littérature générale
Thèmes : Famille, Transmission, Secrets de Famille, Guerres, Héritage, Femme
Pages : 752
Résumé :
En 1976, mon père a rouvert la maison qu’il avait reçue de sa mère, restée fermée pendant vingt ans.
À l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’honneur, des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux. Une maison peuplée de récits, où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle, mais aussi Marguerite, ma grand-mère, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci, et tous les hommes qui ont gravité autour d’elles. Toutes et tous ont marqué la maison et ont été progressivement effacés. J’ai tenté de les ramener à la lumière pour comprendre ce qui a pu être leur histoire, et son ombre portée sur la nôtre.
Mon avis :
« La maison vide » est un roman magistral : ambitieux, profond et dense. Émotionnellement fin mais surtout ravageur, ce récit, par un usage délicat et maitrisé des mots, parvient à transcrire l’intimité d’une histoire de famille et les mécanismes à l’oeuvre dans la construction du silence. Dans ce roman, les vagues d’émotions se succèdent. Impossible de ne pas s’indigner, s’émouvoir lorsque les existences de ses personnages s’écorchent. « La maison vide » bouleverse et enchaîne son lectorat jusqu’à la dernière page par sa puissance et sa plume.
C’est alors qu’il est à la recherche, au sein de la maison vide, de la Légion d’honneur de Jules, son arrière grand-père, que Laurent Mauvignier plonge dans son histoire familiale. De Jules, il remonte à Firmin et à « la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser », les parents de Marie-Ernestine. Aux côtés de Laurent Mauvignier, le lecteur découvre l’histoire de cette arrière grand-mère, jeune pianiste prodige dont l’ambition musicale ne parviendra pas à tenir tête aux moeurs de son époque. À travers la plume minutieuse de Laurent Mauvignier, c’est ensuite à Marguerite, fille de Marie-Ernestine de prendre corps. Absente des photos et effacée de l’histoire familiale, c’est avec un regard empreint d’empathie que l’auteur partage l’existence de sa grand-mère et recompose un puzzle fait de béances, de scandales tus et de non-dits pour rétablir l’héritage des femmes de sa lignée.
Humble et pudique, Laurent Mauvignier transparait dans quelques passages du roman pour mieux introduire ses personnages et sa démarche. Questionnant son héritage et partageant un récit de l’ordre de l’intime, dont les lacunes sont comblées par son imagination, Laurent Mauvignier navigue entre récit et fiction et tisse dès lors un roman méticuleux, chargé de nuances et d’une délicatesse saisissante.
Aussi intime qu’elle puisse l’être, l’histoire de « La maison vide » met en exergue une forme universelle de rapport de force et de pouvoir. La généalogie dépeinte par Laurent Mauvignier s’attarde essentiellement sur les figures féminines. L’auteur écrit son arrière-grand mère Marie-Ernestine et sa grand-mère Marguerite dans une prose où les hommes restent au second plan. Ainsi, c’est à travers les portraits des femmes de sa famille et les destins brisés par les dictâtes sociaux, que l’auteur partage le visage d’une société patriarcale et injuste… Car si ces femmes semblent courageuses et rebelles à travers nos yeux contemporains, elles habitent des places peu désirables, que l’auteur parvient à interroger.
Si ce texte semble, au premier abord, intimidant par sa longueur, il se révèle rapidement aussi captivant qu’éblouissant. Porté par une plume étirée, d’une fluidité étonnante, « La maison vide » se gorge de détails subtils, de multiples ramifications, toutes empreintes d’affects singuliers. Car la véritable force de ce roman réside dans son intensité émotionnelle et la finesse des portraits qu’il dépeint : il semble impossible de se départir de l’histoire de ces personnages une fois le roman terminé…
