Donner corps au traumatisme : « Rien dans les mains » de Killian Provost

Titre : Rien dans les mains

Auteur : Killian Provost

Éditions : Fatrasies

Publication : 17 septembre 2020

Pages : 92

Genre : Poésie narrative, nouvelle

Thèmes : Traumatisme, Secret


Résumé :

Un professeur de musique et son élève, dans un petit appartement de banlieue.
D’habitude, c’est elle qui lui raconte son quotidien, ses espoirs ou ses peines ; et lui l’écoute, tour à tour amusé ou compatissant.
Mais hier, entre eux, s’est passé quelque chose qui a rompu cet équilibre. Il lui a demandé d’attendre. 
A promis d’expliquer.
Alors, aujourd’hui, c’est lui qui doit parler.

Mais comment raconter quand soi-même on est pas bien sûr de ce qu’on a vécu ?


Mon avis :

Une lecture qui m’a bouleversée. Inattendue, percutante et insidieuse cette histoire est à la frontière entre nouvelle, poésie narrative et théâtre. Étrange mélange qui devient à travers les phrases de Killian Provost l’essence d’un texte à découvrir, un texte à réfléchir dans lequel le traumatisme se lit dans la phrase.

« Rien dans les mains » c’est un huit clos, une histoire qui dévoile un échange entre un professeur de musique et son élève. Ensemble dans un petit appartement de banlieue, le duo va être mit à mal. La jeune femme à l’habitude de dévoiler son quotidien, exprimer ses joie et ses peines tandis que son professeur l’écoute. Seulement, la veille au soir, il s’est passé quelque chose entre-eux, bousculant cet équilibre. Les mots, ce professeur voudrait les trouver, mais comment raconter l’indicible, offrir son vécu quand on est sois même incertain de ce dont il est fait ?

Tout au long de ma lecture, que j’ai dévoré d’un souffle, je me suis questionnée. Ne comprenant pas où voulait en venir l’auteur… Mais lorsque éclot la révélation, finalité d’une lecture troublante, j’ai littéralement du revenir à moi. Sortir de ce livre c’est prendre une bouffée d’air car au fil de la lecture, les mots façonnent une étrange étreinte étouffante, instaurant une d’urgence dans la lecture.

Oppressant malgré mais surtout grâce au travail de mise en forme du texte, cette lecture a démantelé ma naïveté. Les phrases sont saccadées et échappent à une rythmique logique, installant ce climat de lecture si particulier qui m’a tant marquée. Mais c’est surtout le sujet, qui se dévoile peu à peu qui m’a laissée sans voix.

Donner une voix à l’agresseur : c’est une premiere pour moi. Je n’avais jamais lu de texte aussi fulgurant. Bien loin d’excuser l’horreur, les mots de Killian Provost explorent le traumatisme jusqu’à le mettre à nu devant nos yeux. C’est avec trois voix, celle d’un narrateur externe, celle du professeur qui oscille entre monologues et échanges avec son élève, dernière voix du texte, que l’auteur soutient avec force un texte dynamique, toujours relancé par des dialogues s’insinuant au coeur de la poésie.

La rythmique particulière, qui appuie les sentiments du narrateurs, son caractère oppressant ainsi que son côté sexiste, m’a surprise au début. Mais j’ai rapidement compris la force de ces choix narratif en avançant dans le livre. « Rien dans les mains » ce n’est pas qu’une histoire difficile. C’est aussi et surtout une nouvelle façon de lire, d’aborder la lecture et de se questionner sur la résonance des choix narratifs au sein de l’histoire.

Malédiction brisée par l’écriture, traumatisme endigué par les mots ? Il me semble que ces ouvertures, aussi belles que terribles(soulignées par l’auteur dans un live) sont la conclusion que je retiendrais de cette terrible histoire ou l’indicible prends peu à peu forme dans cet espace restraint.

Une lecture qui s’adresse à un public averti mais qui se doit d’être découverte !

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4 réflexions sur “Donner corps au traumatisme : « Rien dans les mains » de Killian Provost

    • Merci beaucoup ! Je ne vais pas pouvoir t’en dire plus sous peine de spoiler… Mais c’était des détails, des reflexions pointilleuses posées par l’auteur au fil de l’histoire !

      J’aime

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