Une lecture forte qui crie l’inceste : « Grand silence » par Sandrine Revel et Théa Rojzman

Titre : Grand Silence

Scénariste : Sandrine Revel

Illustratrice : Théa Rojzman

Éditions : Glénat

Publication : 2 Juin 2021

Genre : Roman Graphique, Bande-Dessinée

Thèmes : Inceste, Traumatisme, Silence, Société

Pages : 128

Prix : 23€


Résumé :

« Il faut en parler, nécessairement. » 

Sur une île inconnue où vivent des humains qui nous ressemblent, une sorte d’usine géante œuvre depuis toujours. Cette étrange usine a pour mission d’avaler les cris rendus muets des enfants.
Elle s’appelle Grand Silence…
Dans un conte pour adultes aussi beau que son sujet est délicat, Théa Rojzman et Sandrine Revel livrent un roman graphique puissant qui explore sans brutalité ni complaisance un fléau que l’on préfère ignorer : celui des violences sexuelles commises sur les enfants.


Mon avis :

Parler de l’inceste semble toujours s’apparenter à un challenge pour les auteurs. Dire l’indicible et encore plus l’illustrer défie les normes des écrits publiés, respectant le silence qui enveloppe cette thématique si taboue. À travers des métaphores transcrites graphiquement et un propos tourné vers des interrogations liées au silence, Sandrine Revel et Théa Rojzman offrent à leurs lecteurs une oeuvre graphique forte, marquante et terriblement nécessaire, criant l’horreur de l’inceste et ses impacts sur une société murée dans les non-dits.

Sans s’attarder sur une narration dramatique, le scénario s’ouvre sur une scène terriblement difficile. Nous suivons Freddy, 11 ans, qui, par une habille manipulation se retrouve à suivre un homme de sa famille à l’écart de celle-ci, dans la forêt (métaphore habillement transcrite représentant l’inconnu et l’effrayant). Là, isolé, il est violé par l’un des membres de sa famille, il est victime d’un inceste… Sans être représentée directement, l’enchainement des premières scènes est marquant et engage un schéma qui semble se poursuivre inexorablement.

Abordant la thématique avec un regard dénonciateur, qui n’est pas ciblé sur l’unique culpabilité des incesteurs, « Grand Silence » met le doigt sur le tabou qui protège les pratiques incestueuses et enferme les victimes, emprises de différentes formes de dominations, dans le silence.

Sans être crue, cette oeuvre graphique transcrit, avec justesse et habilité, sous forme de métaphores, l’acte incestueux et ses conséquences en s’armant de codes couleurs forts et d’un brin de fantastique. Ce dernier élément permet notamment de dessiner avec force l’image d’une dystopie qui ne résoudrait en rien l’horreur et l’ampleur que représente l’inceste dans nos sociétés.

Du côté des graphismes, l’émerveillement berce le lecteur sans pour autant invisibiliser l’horreur du sujet traité. Les illustrations servent le propos et offrent un contraste, par leurs douceurs, avec la thématique, usuellement transcrite dans les graphismes plus sombres et graves.

L’ensemble de la BD semble s’articuler comme le serait un conte. Mais ici, cela va bien au delà d’une simple petite mise en garde et les chiffres cités par les auteurs concernant la thématique sont glaçant et rappellent l’envergure de l’inceste : 1 personne sur 10 en a été victime.

Le message semble simple mais nécessite encore d’être clamé : il faut que la parole se libère. Il est nécessaire de briser le silence mais aussi de prévenir, accompagner et écouter les victimes et coupables afin que tout cela cesse. C’est donc une histoire nécessaire et habillement transcrite entre ces pages, que je vous recommande chaleureusement de lire à votre tour.

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